Li, le geste de l’artiste ‌Chez Li c’est d’abord le crayon qui s’exprime

Chez Li c’est d’abord le crayon qui s’exprime ; la mine est prolixe et son cheminement touffu.

Chez Li c’est d’abord le crayon qui s’exprime ; la mine est prolixe et son cheminement touffu. La mine esquisse, passe et repasse, esquive toute minutie mais à force de passage laisse une empreinte, une forme qui soudain s’anime sur le papier de riz cru ; papier parfois aussi large qu’un lé de tapisserie. Plusieurs lés peuvent d’ailleurs être collés ensemble pour atteindre des formats uniques comme ses dernières exécutions faîtes en 2017 : 20 mètres de long sur plus d’un mètre de large. Le dessin apparaît progressivement au milieu des plis de papier froissé.

Une fois l’esquisse en place, l’encre fait alors son apparition. L’encre, la pierre à encre sur laquelle on peut frotter le bâtonnet d’encre, l’eau, le ou les pinceaux de taille différente selon les effets recherchés. Si les dimensions du papier sont larges, Li l’attaque par un bout comme une ravaudeuse sur un coin de table, la chute de papier couvrant ses pieds.

Le geste est multiple, il va et vient sur la surface mais sa profusion aiguise sa précision comme une mine de crayon s’affûte à force de taillures ; et le trait se répète, s’épaissit, se brouille ; à force d’enchevêtrements, l’un se dessine, plus exactement se détache ; c’est lui qui structurera les aplats d’encre et d’estompes qui viendront.

Mais le trait est toujours là ; fine ossature sous l’étendue d’encre qui prend à rebours la grande tradition chinoise. Celle d’exécuter une expression en un seul trait avec pour corollaire d’effacer toutes les traces conduisant à sa parfaite exécution.

Li dessine, procède par ajouts, n’efface jamais rien ; additionne les petits papiers collés, sortes de rustine redonnant de la matière au papier déchiré.

Ses procédés font partie intégrante de son sujet fini.

Philippe Pataud Célérier

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