Li Kunwu & Douglas Gorsline, regards croisés sur la Chine - PROLONGATION ! Dessins | Peintures | BD | Objets

L’exposition ouverte le 2 juin ne fermera pas ses portes le 5 novembre comme prévue mais le 25 février 2018. Visite sur rendez-vous la semaine et/ou le week-end pris par mail ou par téléphone. Vous êtes déjà plus de 1500 à être venus découvrir cette promenade autour des dessins de Li Kunwu et des tableaux de Douglas Gorsline. Cette exposition originale nous offre deux évocations de la Chine qui ont pour trait d’union le goût de la ruralité et des scènes de la vie quotidienne. Li Kunwu, sûrement le plus grand dessinateur contemporain chinois du moment, croque depuis 30 ans les paysages et les petites gens de Chine du sud. Alors que Douglas Gorsline nous livrait dans les années 70/80 un témoignage inédit sur une Chine fantasmée encore méconnue. Malgré quelques décennies d’écart, les tableaux dialoguent, les regards se rejoignent. Des regards profondément humains qui nous livrent des détails presque documentaires et nous transportent littéralement sur place.

L’exposition dont la fin était prévue le 05 novembre se voit prolongée jusqu’au 25 février 2018.

Les horaires du mercredi au dimanche sont arrêtés dès le 05 novembre mais toutes les visites sont possibles sur rendez-vous sur simple appel téléphonique au 0627994601 ou par mail à communication at musee-gorsline.com.

A l’instar de Douglas Gorsline, Li Kunwu aime les petites gens et les mille et une situations du quotidien qu’il prend plaisir à observer pour mieux les croquer. Ses dessins fourmillent de multiples détails qui permettent de mieux comprendre la Chine d’hier et d’aujourd’hui, car l’homme dessine aussi de mémoire, quand il souhaite représenter la ville d’hier dont les petites ruelles aux maisons de bois lui manquent cruellement. Et si plusieurs décennies séparent leurs travaux, Li Kunwu et Douglas Gorsline se rejoignent parfois sur des thèmes approchants, les petits métiers, les hommes au travail, la vie des campagnes, les scénettes du quotidien.

Leurs traits aussi se font échos. Profondément humain, Li Kunwu s’attarde sur les visages, les expressions, cherchant en chacun ce qui le rend unique, avec toujours une petite pointe d’humour ou de malice glissés ici ou là. Dans le même élan, Douglas Gorsline capte des instants de vie, des gestes et mouvements, dans ce style fragmentaire qui lui est propre, cette simultanéité séquentielle qui nous montre différents moments d’une scène regroupés en une prise unique, à l’instar de la chronophotographie qu’il admirait tant. Et alors que Li veut laisser une trace pour les nouvelles générations, Douglas nous livre un témoignage rare d’une Chine alors fermée que peu de peintres ont eu la chance de découvrir.

Le regard croisé est d’autant plus passionnant que les deux hommes se rejoignent également dans l’histoire.

Ainsi, en 1973, alors que Douglas Gorsline découvre la Chine qu’il représentera ensuite dans ses tableaux, Li témoigne dans sa bande-dessinée « Une vie Chinoise » de sa propre histoire et de ce qu’était la Chine au moment où le peintre américain foule le sol chinois. Au cours de l’hiver 1972, Li s’engage comme soldat pour garder la frontière sino-vietnamienne avec laquelle la Chine entretient des relations difficiles. Il restera sept ans sur place. Au même moment, son père est en camps de rééducation et sa sœur a été à son tour envoyée à la campagne. Extrait « d’ Une Vie Chinoise » où Li parle de sa vie de soldat : « Ma compagnie dépendait d’un régiment d’artillerie de la 63e Division de la IXe Région Militaire. Notre régiment avait été fondé en 1943, en pleine guerre contre les Japonais. Abreuvé depuis tout petit des hauts faits d’armes de l’Armée de Libération du Peuple, j’éprouvais une fierté sans borne à en faire partie ».

Avec sa compagnie, Li participe activement à la Révolution Culturelle. Le Petit Livre Rouge, édité en 1966, en est un relais essentiel. Régulièrement, Mao lance des mouvements de masse : « A cette époque, Le Président Mao adressait chaque année un message à la nation, que nous disséquions inlassablement ensuite, jusqu’au message annuel suivant. En 1973, il lança ainsi le mouvement : Rectifions notre style de travail en tenant compte de la critique du révisionnisme. Cela signifiait qu’il nous fallait approfondir la Révolution Culturelle, jusqu’à la mener à son terme. Puis, en 1974 ce fut : Critiquons Lin Biao, Critiquons Confucius. Il nous fallait comprendre le système de pensée de Lin Biao. Ce traitre à la nation passé à l’ennemi, avait la même influence pernicieuse que celui de Confucius, quelque 2 500 ans auparavant. » Ainsi, au-delà des hommes et de leur regard artistique, c’est finalement à un double croisement que cette exposition vous invite, la rencontre étant autant dans l’histoire que dans l’œuvre.

Trois ans après le départ de Douglas, Mao s’éteint. Toute la Chine est en deuil. Une nouvelle ère commence…

Geneviève Clastres

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