La vie de Douglas Gorsline

Entre Nouveau Continent, Chine et Bourgogne, Douglas Warner Gorsline a vécu plusieurs vies.

Né à Rochester dans le comté de New York en 1913, il poursuit des études artistiques à l’Université de Yale avant de rejoindre The Art Students League de New York. Là, il rencontre sa première épouse, qui deviendra son modèle : Elizabeth « Zippy » Perkins, arrière-petite-fille de William M. Evarts (ancien secrétaire d’état du Président Hayes) et surtout fille de l’éditeur Maxwell Evarts Perkins. Ce dernier fera notamment découvrir au public américain les auteurs Thomas Wolfe, Ernest Hemingway et F. Scott Fitzgerald.

Elu à la National Academy of Design de New York en 1943 (membre associé puis académicien en 1947), Douglas Gorsline y enseigne jusqu’en 1963. Très vite, il obtient une reconnaissance du public et remporte plusieurs prix. Ses toiles rejoignent alors les collections d’illustres musées tels le Memorial Art Gallery de Rochester ou le Ackland Art Museum de Caroline du Nord. Son style, alors marqué par le réalisme américain et la scène de genre urbaine, se développe dans les années 30 avec de plantureuses jeunes filles dépeintes dans leur quotidien sur fond d’architecture art-déco.

Ses talents d’illustrateur sont tout autant reconnus, notamment grâce à ses dessins qui viennent illustrer de nombreux classiques américains : Look Homeward, Angel de l’écrivain américain Thomas Wolfe, The Night Before Christmas de Clement Clarke Moore ou encore What People Wore, livre de référence sur les costumes à travers les époques.

L’artiste collabore également au journal Sports Illustrated ; ce même journal qui l’envoie en France en 1963, au cœur de la Bourgogne, pour documenter les sites touristiques locaux, tels les canaux de Bourgogne ou la Fête médiévale de la Bague à Semur-en-Auxois. Tombé amoureux de la région, il s’installe à Bussy-le-Grand en 1964 avec sa nouvelle compagne, Marie Carson.

Là, il continue de peindre, tournant le dos au réalisme américain pour se rapprocher du cubisme de Duchamp et de la déconstruction de l’image chère aux futuristes italiens. Admirateur de la chronophotographie d’Etienne-Jules Marey et d’Eadweard Muybridge, il l’intègre dans ses œuvres, les fractionnant, sans pour autant basculer dans l’abstraction. Cette combinaison de styles fait place à des tableaux où les figures restent reconnaissables mais apparaissent éclatées, révélant plusieurs facettes à la fois, comme perçues à travers un prisme ou un miroir brisé, gardant toutefois leur spontanéité.

Autoportrait/Self portrait, Douglas Gorsline, 1983

En 1973, Douglas Gorsline est le premier artiste américain à être officiellement invité par le gouvernement chinois qui vit alors à l’heure de la Révolution Culturelle. Il en rapporte des portraits des dirigeants de l’époque ainsi que de nombreux croquis et de toiles documentant la vie dans les campagnes et les mutations d’un pays en pleine tourmente. Ce voyage exceptionnel de sept semaines reste un témoignage rare d’une période alors peu connue en Occident et qui a profondément marqué l’artiste.

De retour en France, cet « artiste de Dijon », tel qu’il se définit lui-même, crée « Dijon vu par », une exposition qui se tint au Salon d’Apollon de l’hôtel de Ville dijonnais et dont la première édition eut lieu en juin 1979. Il y proposa notamment sa vision « kaléidoscopée » de la cité des Ducs. Cette exposition « Dijon vu par » se perpétue encore aujourd’hui, invitant chaque année artistes, architectes et jeunes créateurs à exprimer, via différents médias, leurs regards sur la capitale bourguignonne.

Disparu en 1985, l’héritage de Douglas Gorsline perdure à travers le musée qui lui est consacré à Bussy-le-Grand ; inauguré par son épouse Marie en 1994. Il vise à perpétuer la mémoire de l’artiste à travers ses œuvres.

Anthea Albert